Mon processus créatif – ou comment naissent mes contes dans la brume
On dit que pour raconter une histoire, il faut d’abord en dénicher une.
Alors j’ai passé des mois à glaner des livres de légendes normandes, fouillant brocantes, bibliothèques, coins poussiéreux… et surtout la boîte à livres où ma tante, telle une fée-bénévole armée de patience, me déposait de nouveaux trésors. Grâce à elle, j’ai réuni une dizaine d’ouvrages, certains vieux comme des manoirs oubliés, d’autres remplis de notes étranges laissées par des lecteurs anonymes. Je cherche encore, d’ailleurs : les légendes aiment jouer à cache-cache.
Très vite, j'ai découvert un phénomène étrange :
les mêmes contes apparaissent dans presque tous les livres.
Comme des fantômes tenaces, ils reviennent encore et encore, parfois sous des noms différents. Alors pour ma première saison, j’ai choisi six récits rares ou peu racontés, ceux qui brillent dans la marge, qui sentent la lande humide et les chemins oubliés.
Certaines créatures n’ont pas de contes à elles, mais apparaissent dans d’autres histoires, comme des ombres glissant entre les chapitres :
— La Mesnie Hellequin, cavalerie nocturne croisant un Richard Sans Peur déjà bien occupé à survivre.
— Brundemor, l’archi-démon local, visiblement chargé de la gestion du territoire (et qui s’acharne dangereusement sur ledit Richard).
— Mais aussi des figures historiques mythifiées : Saint Taurin, Robert le Diable…
— Ou encore des légendes qui expliquent pourquoi un rocher est tordu, pourquoi tel mur ne tombe jamais, ou pourquoi un endroit semble… regarder.
Étape 1 : la réécriture — apprivoiser le Moyen Âge
J’ai d’abord tenté de lire les textes d’origine, modernisés mais encore très… euh… « nobles ».
Résultat : un premier enregistrement d’essai en français soutenu, digne d’un oral du bac façon château médiéval.
Pas l’éclate.
Alors j’ai retroussé mes manches, aiguisé ma plume, et remanié les histoires pour qu’elles parlent à tout le monde :
• plus vivantes,
• plus fluides,
• plus effrayantes quand il le faut,
• plus émotionnelles,
• plus… normandes.
Étape 2 : tester dans l’arène
Avant de capturer les contes en studio, je les ai testés en version longue, en vrai, devant des humains en chair, en os et en curiosité :
– Festival de la BD de Venables,
– Les Historiques de Gaillon 2025.
Le public a ri, frissonné, sursauté… bref, parfait.
Ces retours m’ont aidée à ajuster le rythme, la voix, le souffle, comme une conteuse affûte sa lanterne avant de partir dans la nuit.
Étape 3 : l’enregistrement — ou comment trois chats sabotèrent ma carrière
J’ai tenté un premier enregistrement chez moi.
Erreur de débutante : ne jamais enregistrer avec trois chats dans la même pièce.
Entre “miaou”, câlins forcés, poursuites improbables, et bruitages non désirés… la qualité sonore ressemblait davantage à une bataille de gremlins qu’à un conte.
Étape 4 : entrer dans le Studio de Papa (lieu semi-légendaire)
C’est alors que je me suis tournée vers mon père, musicien et ancien ingénieur du son.
Il m’a ouvert son studio insonorisé, bardé de matériel qui clignote mystérieusement.
Amusé par le projet, il a décidé de se joindre à l’aventure.
Là, la magie opère :
– enregistrement millimétré,
– mixage,
– ambiance sonore façonnée comme une potion,
– musique composée pour accompagner les pas du récit.
Mon père possède l’oreille absolue du gardien de porte magique :
aucun bafouillage n’échappe, pas une syllabe floue, pas un craquement vocal.
Rien.
(Il entendrait un moustique éternuer dans une cathédrale.)
Étape 5 : le résultat
Après une semaine entière dans cette tanière musicale :
• 6 épisodes de dix minutes
• propres, intenses, vivants, enveloppés de brume et de sons
• exactement tels que je les imaginai.
Grâce à ce processus — mélange de recherche, de passion, de travail familial, et d’un brin de magie normande — le podcast a pris vie comme un bon vieux conte :
entre ce qu’on raconte… et ce qu’on transmet vraiment.